Site icon Logistique Today

Autonomie camion électrique : enjeux, limites actuelles et perspectives pour le transport routier

Autonomie camion électrique : enjeux, limites actuelles et perspectives pour le transport routier

Autonomie camion électrique : enjeux, limites actuelles et perspectives pour le transport routier

Autonomie et camion électrique, c’est un peu le duo qui fait lever les yeux au ciel dans beaucoup de services exploitation. Entre les promesses marketing et la réalité terrain, il y a parfois un fossé… ou plutôt quelques centaines de kilomètres qui manquent au compteur.

Pourtant, le sujet n’est plus théorique. Entre les zones à faibles émissions, la pression réglementaire sur le CO₂ et les attentes des donneurs d’ordre, l’électrique entre vraiment dans le paysage du transport routier. Reste une question clé : jusqu’où peut-on rouler, à quel coût, et avec quelles contraintes opérationnelles ?

Dans cet article, on va regarder l’autonomie des camions électriques sans filtre : les enjeux, les limites actuelles, et ce qui se prépare pour les prochaines années, avec un focus très concret sur l’exploitation quotidienne.

Pourquoi l’autonomie des camions électriques est un enjeu central

Pour une voiture particulière, l’autonomie est surtout un sujet de confort. Pour un poids lourd, c’est un sujet de business model.

L’autonomie impacte directement :

Un transporteur ne peut pas se permettre de “voir sur place” si la batterie tiendra jusque chez le client. L’autonomie doit être prédictible, reproductible et compatible avec les contraintes : horaires de quai, créneaux magasins, limitations de circulation, etc.

En clair : tant que l’autonomie n’est pas maîtrisée, l’électrique reste compliqué à intégrer dans un planning déjà sous tension.

Où en est vraiment l’autonomie des camions électriques aujourd’hui ?

Entre les brochures constructeurs qui annoncent 500 km “jusqu’à” et la réalité d’un porteur chargé en plein hiver sur l’A6, il y a une nuance. Regardons par segments d’usage.

Livraison urbaine et périurbaine : le terrain le plus mature

C’est le domaine où l’électrique est déjà le plus crédible.

Pour des porteurs 16–26 tonnes, on trouve aujourd’hui :

Exemple concret : un distributeur de boissons livrant des CHR dans une grande agglomération peut tout à fait basculer une partie de sa flotte sur électrique, à condition de bien caler :

Dans ce scénario, l’autonomie n’est plus un frein majeur, mais un paramètre de dimensionnement.

Transport régional : possible, mais sous conditions

Pour des trajets quotidiens de 200 à 400 km, l’équation devient plus serrée, mais pas impossible.

Les tracteurs et porteurs électriques récents peuvent, sur le papier, atteindre 300 à 450 km d’autonomie avec de grosses batteries. Sur le terrain, il faut enlever :

On se retrouve donc plus réalistement avec une autonomie exploitable de 220 à 320 km pour garder un confort opérationnel. Pour certains flux réguliers entre un dépôt et une plateforme, c’est jouable, surtout si l’on peut :

Mais cela suppose une coordination étroite avec les clients et parfois des investissements côté chargeurs. Ce n’est plus seulement une question de camion, mais d’écosystème.

Longue distance : l’autonomie reste le talon d’Achille

C’est là que les limites actuelles apparaissent le plus clairement.

Sur du long courrier (500–800 km par jour), les contraintes s’empilent :

Certains constructeurs annoncent des tracteurs de 600 à 800 kWh capables de 500 km d’autonomie. Sur autoroute à 40 tonnes, clim en marche, régulateur à 85 km/h, ce chiffre doit être pris avec prudence. Dans bien des cas, la réalité sera plus proche de 350 à 450 km réellement exploitables.

Pour le moment, l’électrique pur reste donc plus adapté à :

Pour le transport “au fil de l’eau”, multi-clients, multi-destinations, l’autonomie actuelle est encore un frein sérieux.

Les limites techniques et opérationnelles qui pèsent sur l’autonomie

L’autonomie d’un camion électrique ne dépend pas que de la taille de la batterie. Plusieurs paramètres viennent l’entamer, parfois de façon spectaculaire.

1. Poids et aérodynamique

Plus le véhicule est lourd et cube, plus la consommation s’envole. Un tracteur avec un fourgon volumétrique ou un frigo bien chargé consommera beaucoup plus qu’un porteur bâché à demi-charge. Résultat : les autonomies “catalogue” sont souvent obtenues dans des conditions idéales, loin de la réalité d’un 40 tonnes plein sur autoroute.

2. Style de conduite

Comme pour le diesel, la différence entre un conducteur formé à l’éco-conduite électrique et un conducteur “pressé” peut se traduire par 10 à 20 % d’écart de consommation. Sur une autonomie de 300 km, c’est 30 à 60 km de différence. De quoi transformer une fin de tournée sereine en chasse à la borne la plus proche.

3. Conditions climatiques

Le froid est l’ennemi numéro un des batteries :

En hiver, sur certains modèles, on observe facilement 15 à 30 % d’autonomie en moins. À l’inverse, en été avec la clim à fond, la consommation grimpe aussi, même si l’impact est un peu moins brutal que le froid extrême.

4. Temps de charge et logistique de recharge

Un camion qui charge ne roule pas. Dit comme ça, cela paraît trivial, mais c’est là que l’autonomie devient un sujet de planning :

Chaque stratégie de recharge modifie la façon dont on pense l’autonomie : on ne raisonne plus seulement en km, mais en km entre deux fenêtres de recharge possibles.

Impact économique : l’autonomie, un compromis entre coût, charge utile et productivité

Augmenter l’autonomie ne se fait pas gratuitement. Il faut embarquer plus de batteries, donc plus de poids, donc parfois sacrifier de la charge utile.

Quelques impacts concrets :

On se retrouve donc avec un dilemme :

Le bon dimensionnement dépend clairement du profil de vos flux. Un même véhicule ne sera pas optimal pour un transporteur de palettes en régional et pour un messager régional-urbain avec beaucoup de tournées courtes.

Les leviers pour “gagner” de l’autonomie dès aujourd’hui

On ne peut pas pousser les murs de la batterie, mais on peut optimiser son usage. Quelques leviers très concrets :

1. Travailler les tournées au kilomètre près

L’électrique oblige à revoir certaines habitudes :

Les TMS et outils de planification qui intègrent les contraintes d’autonomie deviennent des alliés précieux.

2. Former les conducteurs à l’éco-conduite électrique

La pédale de droite reste un des meilleurs “leviers” d’autonomie :

Beaucoup de transporteurs qui ont fait ce travail remontent des gains de 10 à 15 % sur la consommation, sans sacrifier le respect des horaires.

3. Exploiter intelligemment les fenêtres de recharge

Plutôt que de tout miser sur une seule recharge nocturne, on peut :

Autonomie + stratégie de recharge = couple indissociable. L’un ne se pense pas sans l’autre.

4. Choisir le bon véhicule pour le bon usage

Un tracteur surdimensionné en batterie pour des tournées de 80 km n’a aucun sens économique. À l’inverse, un porteur sous-dimensionné mis sur du régional à 250 km jour vous fera transpirer à chaque planning.

Avant tout achat, il est utile de :

Les perspectives : jusqu’où ira l’autonomie des camions électriques ?

Heureusement, la photo n’est pas figée. Plusieurs évolutions vont changer la donne dans les prochaines années.

1. Amélioration des batteries

Les constructeurs travaillent sur :

Résultat attendu : à autonomie égale, des batteries plus légères, ou à poids égal, des autonomies plus importantes.

2. Montée en puissance des bornes haute capacité

Les projets de recharge pour poids lourds, notamment le MCS (Megawatt Charging System), promettent des puissances de charge bien supérieures à ce qui existe aujourd’hui.

Concrètement, cela permettrait de :

Si, et seulement si, ces réseaux se déploient vraiment sur les grands axes, l’autonomie deviendra moins critique, car on pourra “saupoudrer” la journée de recharges opportunes.

3. Hybrides, hydrogène et mix énergétique

Tous les œufs ne seront pas dans le panier 100 % batterie :

On se dirige probablement vers un mix des technologies, avec l’électrique batterie très présent sur l’urbain et le régional, et d’autres solutions pour couvrir le long courrier.

Comment un transporteur peut-il se préparer dès maintenant ?

Autonomie limitée ne signifie pas immobilisme. Même si vous n’êtes pas encore prêt à basculer une flotte entière, vous pouvez :

L’objectif n’est pas de remplacer du jour au lendemain tout le diesel par de l’électrique, mais de savoir et comment l’électrique fonctionne déjà, malgré une autonomie encore perfectible.

Au fond, l’autonomie des camions électriques n’est pas seulement une question de kilomètres. C’est un révélateur de la capacité de la filière transport à planifier plus finement, à collaborer davantage avec les chargeurs, et à exploiter ses flux avec un peu moins d’approximation et un peu plus de données.

Et ça, électrique ou pas, c’est plutôt une bonne nouvelle pour la rentabilité des tournées.

Quitter la version mobile